lundi 20 mars 2017

Love In Vain, mais pas toujours....




En prenant ce livre, je me suis dit que j'allais beaucoup l'aimer du fait de sa couverture :  c'est fou ce qu'on peut être influencé par un beau graphisme. Elle s'ouvre en format paysage, ce qui est loin d'être fréquent, et affiche d'emblée des dessins couleur crème sur fond noir. La robe à pois d'une femme vue de dos, soutenant un homme au costume rayé attire immédiatement le regard. Équilibre des formes. Le tissu froissé donne du volume à cette histoire, les deux corps avancent unis, nous sommes derrière eux, nous entrons dans le livre. A peine si nous remarquons le manche d'une guitare dans la main de l'homme.
Car Love in vain, ça sonne comme un titre de chanson...et  justement c'en est un. Mais ça, je ne l'ai pas su tout de suite parce que Robert Johnson (1911-1938)  inscrit sous le titre, ça ne me parlait pas. Pas encore. C'est en lisant ce livre que je l'ai découvert. C'est l'histoire d'un bluesman des années 30, qui a inspiré les plus grands musiciens de notre époque entre autres : les Rolling Stones, Bob Dylan ou encore Led Zeppelin. 

Le narrateur nous séduit par un récit mêlé de magie noire, de femmes aimées, perdues, d'alcool et de blues autant dire tous les ingrédients que l'on a l'habitude d'associer à l'image de l'artiste maudit. Robert Johnson émeut par ses questions sur l'origine de son talent et la façon qu'il a de le nourrir de ses propres expériences, même les plus tragiques - surtout les plus tragiques? ( N'oublions pas : tout ça c'est du blues !)

Robert Johnson était un grand parolier et Jean Michel DUPONT lui rend un dernier hommage à la fin du livre en nous offrant quelques-unes des plus célèbres de ses chansons (Il prend même la peine de les traduire)  

Pour vous donner envie, voici Mick Jagger accompagné de Keith Richards reprenant le fameux Love in Vain de Robert Johnson.

 

Et pour les curieux, un lien vers un entretien donné par les deux auteurs de la BD: Entretien des auteurs.

Love in Vain de Jean-Michel DUPONT, illustration MEZZO
Edition Glénat 2014.

(article rédigé par Grace T, Béatrice H et Isabelle S) 

mardi 20 décembre 2016

DE BONNES VACANCES, CE SONT AUSSI (D'ABORD ?) DE BONNES LECTURES !

Voici donc la sélection de romans contemporains que nous avons choisis de mettre à l'honneur pour cette nouvelle saison des ActuaLiseurs. Et à en croire l'engouement qu'ils ont suscité quand on les a présentés aux deux séances d'ouverture, on a eu raison... souhaitons que leur lecture confirme les premières impressions, les envies qu'ils ont réveillées !

Voici la liste dans l'ordre alphabétique (avec année de 1ère parution), puis vous trouverez un petit résumé concernant chaque livre, si vous avez envie de vous "faire une idée", et des petites vidéos, parfois, qui vous feront rencontrer les auteurs.

Bonnes fêtes et... bonnes lectures variées !
Isabelle Saïdou et Béatrice Huaulmé


Romans :
Chalandon Sorj, Profession du père (éd Livre de poche, 2015)
De Vigan Delphine, D’après une histoire vraie  (éd Grasset, 2015)
De Kerangal Maylis,  Réparer les vivants (éd Folio Gallimard, 2014)
Desarthe Agnès, Une partie de chasse ( éd Points Seuil, 2012)
Faye Gael, Petit pays (éd Grasset, 2016)
Foenkinos David, Charlotte (éd Folio Gallimard, 2014)
Garde François, L’effroi (éd Gallimard, 2016)
Goby Valentine, Un paquebot dans les arbres (éd Actes Sud)
Ovaldé Véronique, Soyez imprudents les enfants ( éd Flammarion, 2016)
Malte Marcus, Fannie et Freddie (éd Zulma, 2014)
Message Vincent, Défaite des maitres et possesseurs (éd Seuil, 2016)
Postel Alexandre, L'Ascendant (éd Folio Gallimard, 2015)
Rufin Jean-Christophe, Le collier rouge  (éd Folio Gallimard, 2014)

Nouvelles :
Pagano Emmanuelle, Un renard à mains nues (éd P.O.L., 2012)

Bandes dessinées :
Mathieu, Marc Antoine, L'origine (éd Delcourt, 1991)
Dupont Jean Michel, Love in vain (éd Glénat, 2016)



CATÉGORIE ROMANS "PETITE TAILLE", FACILES À LIRE

Rufin Jean-Christophe, Le Collier rouge (2014)

Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l'été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d'une caserne déserte. Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère. Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes. Trois personnages et, au milieu d'eux, un chien, qui détient la clef du drame... 




Foenkinos David, Charlotte (éd Folio Gallimard, 2014)

Ce roman retrace la vie de Charlotte Salomon, artiste peintre morte à vingt-six ans alors qu'elle était enceinte. Après une enfance à Berlin marquée par une tragédie familiale, Charlotte est exclue progressivement par les nazis de toutes les sphères de la société allemande. Elle vit une passion amoureuse fondatrice, avant de devoir tout quitter pour se réfugier en France.
Portrait saisissant d'une femme exceptionnelle, évocation d'un destin tragique, Charlotte est aussi le récit d'une quête. Celle d'un écrivain hanté par une artiste, et qui part à sa recherche. 
L'écriture est simple, épurée, dense : elle ravira tous ceux qui n'apprécient pas trop les longues description.




Postel Alexandre, L'Ascendant (éd Folio Gallimard, 2015)

Le narrateur, à la demande d'une psychiatre, raconte les événements qui, en l'espace de cinq jours, ont dévasté sa vie. Tout commence lorsque ce vendeur de téléphones mobiles apprend le décès de son père, avec lequel il entretenait des rapports très lointains. Afin d'organiser les obsèques, le jeune homme se rend dans la petite ville où vivait le défunt et s'installe dans la maison paternelle. Il fait alors une découverte terrifiante qui le plonge, au fil d'un enchaînement insidieux de faux pas, dans une situation cauchemardesque. On retrouve ici ce qui faisait la force du premier roman d'Alexandre Postel : une narration implacable et ironique, qui donne au récit la forme d'une tragédie. Le sentiment de culpabilité, au centre du texte, génère une atmosphère trouble et inquiétante : jusqu'à la dernière ligne, le lecteur hésite entre l'empathie, la révolte et l'effroi.



Desarthe Agnès, Une partie de chasse ( éd Points Seuil, 2012)

Ils sont quatre.
Quatre chasseurs qui avancent dans les vapeurs de l'aube, avec leurs fusils et leurs chiens. Tristan est le plus jeune. Que fait-il là, en compagnie de ces hommes dont il se sent si différent ? Est-ce pour se soumettre à une épreuve initiatique ? Ou pour régler une question d'honneur qui l'oppose à l'un d'entre eux ?
Un accident survient, il faut aller chercher du secours, les éléments s'en mêlent, une tempête se lève. Le déluge emporte tout sur son passage, répondant peut-être à ce désir qu'a Tristan de faire table rase d'un passé encombrant.




Malte Marcus, Fannie et Freddie (éd Zulma, 2014)

New York. L’énorme escroquerie des subprimes a conduit à la ruine des millions de ménages modestes endettés à mort, comme les parents de Fannie, vieux couple d’ouvriers rêvant d’accéder à la propriété. Fannie, surnommée Minerve par ses collègues de bureau parce que son buste tout entier pivote quand on l’interpelle. Fannie, dont personne ne se doute que sa raideur masque une effrayante coquetterie pour dissimuler un œil de verre. Cachant l’âme d’un cyclope solitaire, cette Minerve borgne n’en est pas moins femme.
Marcus Malte est l'auteur du roman très remarqué Le Garçon, publié cette année.





CATÉGORIE ROMANS "TAILLE NORMALE"

Faye Gael, Petit pays (éd Grasset, 2016, prix Goncourt des Lycéens 2016)

Burundi, 1993. Alors que les élections présidentielles apportent l'espoir d'une démocratie, ce petit pays tombe sous le poids de la haine, de la mort et des massacres. Gaby est le jeune fils d'un expatrié français et d'une élégante rwandaise exilée. Il coule des jours heureux au coeur de son impasse, entouré de ses amis. Il va chercher longtemps à se cacher la réalité, il ne veut pas choisir son camp, mais il devra comme tout le monde faire le deuil de sa vie d'avant, tirer un trait sur son enfance et perdre son innocence...


Garde François, L’Effroi (éd Gallimard, 2016)

Sébastien Armant est altiste dans l'orchestre de Paris, sous la direction du chef d'orchestre mondialement connu, Louis Craon. C’est homme sans histoire avec une vie plutôt banale.
Un soir, lors d’un concert en direct à la télévision, Louis Craon entre en scène et avant de lancer le départ, il assène un "heil Hitler" accompagné d'un salut nazi. Que se passe-t-il ? Est-ce réel ? Une minute passe, personne ne comprend, personne ne bouge, Sébastien est le premier à se lever. Il tourne le dos à son supérieur, l'alto la tête en bas, voilà le geste de son désaccord.
Ce geste va bouleverser sa vie. C'est ce bouleversement qui est au coeur de ce roman qui se dévore littéralement, éclairant très lucidement la dépendance de chacun aux mondes très lisses et froids des médias.



Chalandon Sorj, Profession du père (éd Livre de poche, 2015)

L'auteur nous raconte l'enfance d'Emile, enfant unique né au lendemain de la seconde guerre mondiale. Emile a la chance d'avoir un papa champion du monde de judo, prêtre, agent secret, ami intime de De Gaulle... Alors évidemment, on ne s'ennuie pas avec un papa pareil : après l'entraînement militaire, il faut déposer des lettres anonymes, faire des planques...Difficile d'être à la hauteur aussi de ce papa exigeant, d'où la pluie de coups qui ne cessent de s'abattre sur Emile. Difficile aussi de croire aux incroyables histoires de ce père qui ne quitte pas l'appartement et qui terrifie la mère, victime consentante, bourreau auxiliaire. 


Goby Valentine, Un paquebot dans les arbres (éd Actes Sud)
Au milieu des années 50, Mathilde, 10 ans voit sa vie basculer lorsque son père contracte la tuberculose. C'est l'histoire de sa vie (jusqu'à l'âge adulte) et celle de sa famille dans la France des Trente Glorieuses, de la Sécurité Sociale.
Inspiré d'une histoire vraie, ce roman est magnifiquement porté par une écriture propre à Valentine Goby : faite de phrases qui claquent, d'images fortes et qui montre le corps dans toute sa douceur et sa force, sans impudeur ni mièvrerie. A recommander à tous ceux qui sont curieux des relations entre un père et sa fille - complexes et simples en même temps.



De Vigan Delphine, D’après une histoire vraie  (éd Grasset, 2015)

"Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu'un écrivain ne devrait jamais croiser."
Dans ce roman aux allures de thriller psychologique, Delphine de Vigan s'aventure en équilibriste sur la ligne de crête qui sépare le réel de la fiction. Ce livre est aussi une plongée au cœur d'une époque fascinée par le Vrai.






Message Vincent, Défaite des maitres et possesseurs (éd Seuil, 2016)

Iris n'a pas de papiers. Hospitalisée après un accident de voiture, elle attend pour être opérée que son compagnon, Malo Claeys, trouve un moyen de régulariser sa situation. Mais comment s'y prendre alors que la relation qu'ils entretiennent est interdite ? C'est notre monde, à quelques détails près. Et celui-ci, notamment : nous n'y sommes plus les maîtres et possesseurs de la nature. Il y a de nouveaux venus, qui nous ont privés de notre domination sur le vivant et nous font connaître un sort
analogue à celui que nous réservions jusque là aux animaux.




Pagano Emmanuelle, Un renard à mains nues (éd P.O.L., 2012)

Les personnages de ces nouvelles ne se trouvent pas au milieu du récit, ils restent dans les marges, ils se tiennent au bord de leurs vies, de leur maison, de leur pays, ils marchent au bord des routes, à côté de leur mémoire, à la lisière de l'ordinaire et de la raison, comme il leur arrive de faire du stop : au cas où on s'arrêterait pour les prendre. Je les ai pris dans mon livre. 




CATÉGORIE ROMANS AU STYLE PARTICULIER, DÉTERMINANT

De Kerangal Maylis,  Réparer les vivants (éd Folio Gallimard, 2014)
Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps". "Réparer les vivants" est le roman d'une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement
Le roman de Maylis de Kerangal est une fresque sur la vie, celle que l’on perd, celle que l’on reçoit. Le lecteur découvre à travers une galerie de portraits des destins croisés, des êtres qui vont se rejoindre autour d’un corps, celui de Simon.




Ovaldé Véronique, Soyez imprudents les enfants ( éd Flammarion, 2016)
Alors qu'elle a 13 ans, Atanasia Bartolome a comme une révélation devant une toile du peintre Roberto Diaz Uribe. Elle découvre qu'il est un cousin de son père et souhaite savoir ce que cherche à lui dire ce peintre, qui a disparu un jour comme tous les ancêtres Bartolome. La jeune fille décide de partir elle aussi explorer le vaste monde.
 Il s'agit d'un roman d'initiation, où l'on suit la jeune narratrice (qui tantôt dit "je", tantôt dit "elle" : code habituel détourné, qu'on se le dise...) en quête de cet artiste qui l'a ravie (elle remonte le temps à la recherche de tout ce qui pourra le lui faire mieux connaître) et en alternance : on découvre les ancêtres de cet homme (on avance chronologiquement à sa rencontre). Ce feuilletage de temps nous permet de sentir le "volume" qui constitue tous les petits fils qui se nouent entre eux pour tisser une vie.






CATÉGORIE BANDES DESSINÉES : "CASES EN NOIR ET BLANC"




Mathieu, Marc Antoine, L'origine (éd Delcourt, 1991)
un classique à avoir forcément dans sa bibliothèque, tous les amateurs de BD en conviennent. Voici le premier tome de la série de Julius Corentin Acquafaques, prisonnier des rêves. Tous les numéros (nous en sommes depuis deux ans au 6ème tome) sont fascinants (et lisibles indépendamment les uns des autres). Pour des raisons de budget, nous n'avons pas pris le dernier (Le décalage, numéro 6 : excellent et à ne pas "feuilleter", surtout : pour que la surprise qui arrive en fin de roman ne soit pas éventée !), mais le tout premier... à découvrir avec bonheur !


Dupont Jean Michel, Love in vain (éd Glénat, 2016)
L'histoire vraie de Robert Leroy Johnson (1911-1938), guitariste virtuose, mort prématurément à 27 ans. Son talent était tel qu'on le soupçonnait d'avoir vendu son âme au diable. Grand séducteur et noceur, il ne reste de sa courte carrière que quelques enregistrements et trois photographies. Mais le mystère et le génie qui l'entourent en font un modèle pour des générations de musiciens. 

En grands amoureux du blues et de la musique du Delta, Jean-Michel Dupont, par son écriture subtile, et Mezzo, par son graphisme puissant, signent un somptueux album comme une ode à la mémoire de ce père du blues qui a inspiré tant de grands musiciens comme Jimi Hendrix, Bob Dylan ou les Rolling Stones.


mercredi 7 décembre 2016

ORGANISONS-NOUS : LISONS AVEC PLAISIR...

La séance d'ouverture de la saison a eu lieu lundi 5 décembre. 
Le groupe de premiers lecteurs était là, tout petit, plein d'envies, ne demandant qu'à grandir... 

Pour permettre à davantage de monde de venir, les séances ne seront pas fixées au lundi, mais au VENDREDI, sur le créneau 12H30-13H30. 

A. Kertesz
On sait bien que c'est le temps de pause déjeuner de beaucoup d'entre nous : mais en s'arrangeant bien, on peut cumuler le nécessaire (se nourrir) et l'agréable (se nourrir de lectures !).
Nous fixons dorénavant les séances au vendredi, mais rien n'empêche de bouger le créneau, de temps en temps, pour arranger tout le monde. Nous rappelons (pour ceux qui s'inquiéteraient d'une charge de travail supplémentaire?) que les séances (qui ne sont pas des cours), n'auront pas lieu systématiquement chaque semaine...

Pour plus d'information, consultez l'article du lundi 28 novembre : tout est expliqué !

L'atelier est souple, adaptable. C'est un lieu d'échanges, et les lectures ne sont pas contraintes : plus vous serez nombreux, plus le temps de lecture des livres pourra se rallonger (vous aurez ainsi plus de temps pour faire un article ou un book-trailer, qu'on vous apprendra à faire; vous pourrez aussi faire cela à plusieurs). Il faut juste qu'on s'organise !

bref : nous vous espérons nombreux à 
la prochaine séance fixée au VENDREDI 16 DÉCEMBRE
(rendez-vous au fond du CDI)

Si vous voulez partir en vacances avec plein de bons livres (à faire frémir ou rêver, c'est selon), ne ratez pas l'occasion !

(Isabelle Saïdou et Béatrice Huaulmé)


lundi 28 novembre 2016

LES ACTUALISEURS REPRENNENT DU SERVICE !

Après une pause d'un an, l'atelier repart sur de nouvelles bases. Préparez-vous : Il redémarre le LUNDI 5 DÉCEMBRE  2016 (rendez-vous au CDI)


Les ActuaLiseurs, qu'est-ce que c'est ?
C'est un atelier auquel peut adhérer toute personne intéressée par la lecture d'œuvres qui font l'actualité (d'où son nom d'ActuaLiseurs). 

A l'atelier qu'est-ce qu'on fait ?
- on partage ses goûts par débats, discussions, lectures; 
- on apprend à rédiger des articles (de fond ou coup de coeur, selon l'envie) qui sont ensuite, après validation du comité, exposés sur le blog;
- on découvre d'autres façon de mettre en avant un livre : book trailer, flyers, lectures publiques, battles de lectures, affiches,  etc ;
- on s'initie donc à l'utilisation de logiciels, on apprend à poser sa voix, pour partager ses coups de coeur littéraires et culturels.

Toute forme d'expression est possible, pourvu que le comité la valide !


Mais de quels livres parle-t-on ?
La "matière première" que manipule les ActuaLiseurs, ce sont les livres, bien sûr. Et pour cela, le comité a élaboré avec soin une liste de 15 ouvrages (romans/BD/nouvelles), parus très récemment. Elle sera dévoilée le jour de la réouverture de l'atelier, le 5 décembre... (et sera mise en ligne)
Les ActuaLiseurs auront donc la chance de manipuler des romans récents, parus parfois, dans des éditions reliées (ce qui veut dire : pas des livres de poche)
Mais l'atelier ne s'arrête pas aux seuls livres : comme l'acte de lire (quand il engage vraiment la personne), consiste à interpréter, nous avons décidé que toute œuvre (livres, films, pièces de théâtre vues, concerts, expositions, performances artistiques, etc) peut être proposée à l'atelier des ActuaLiseurs, à condition qu'elle présente un réel intérêt littéraire et/ou culturel et qu'elle soit d'actualité.

J'ai envie de participer : que dois-je faire ?
Le recrutement de ses participants a changé : à l'origine exclusivement réservé à des lecteurs issus de la section L du lycée, l'atelier des ActuaLiseurs ouvre ses portes à toute personne qui aime lire, ou parler de spectacles qu'il a vus récemment et aimés, quels que soient sa section et son niveau (de la 2de à la MàNAA, ou BTS)

Est-ce que ça m'engage chaque semaine ?
Il y a deux options possibles, pour participer à l'aventure : 
- faire partie du groupe des ActuaLiseurs, qui se réuniront le lundi, de 12h30 à 13h30 au CDI; les réunions ne seront pas forcément TOUS les lundis. Une fois que le calendrier des lectures sera distribué, on établira ensemble la progression à suivre.
- être contributeur occasionnel : dans le cas où j'aimerais bien écrire un article de temps en temps, sans pour cela venir toujours à l'atelier, parce que mon emploi du temps ne me le permet pas.
Quel que soit le statut que je choisis, je viens me présenter à la réunion du lundi 5 décembre, ou bien je contacte le comité de l'atelier : Isabelle Saïdou (professeur documentaliste) ou Béatrice Huaulmé (professeur de Lettres).

Si vous êtes tentés, sans être sûr(e) encore de vouloir vraiment, venez voir tout cela de plus  près, le lundi 5 décembre, au CDI ! (12h30-13h30) 

D'ici là : bonnes lectures !

(I. Saïdou et B. Huaulmé)










mercredi 30 septembre 2015

LES ACTUALISEURS EN VEILLE


La rentrée a maintenant eu lieu...


... et l'atelier des ActuaLiseurs n'a pas rouvert ses portes. Pour des raisons diverses, il s'offre une parenthèse d'un an, pour mieux renaître, nous l'espérons, l'année suivante. Ou plus exactement il se met en mode "veille" : peut-être que les anciens, à distance, proposeront quelques articles de ce qu'ils lisent, voient, écoutent, maintenant qu'ils sont "de l'autre côté" du bac, ou tout près de le traverser... 

Il y aura donc, ponctuellement, encore quelques articles, quelques pages "documentaires", sur les auteurs actuels, sur les rencontres intéressantes à provoquer (dans les musées, dans les livres, dans la rue...)

Et pendant ce temps de veille, nous nous donnerons la possibilité de  ré-envisager cet espace réel, ancré dans la fréquentation régulière, par un groupe d'élèves, d'un vrai atelier, au coeur du lycée Camille Claudel. Le groupe devrait être amené à grandir, et la configuration doit du coup s'adapter. Bref, c'est tout un chantier qui s'ouvre.

Les ActuaLiseurs n'ont pas disparu, donc. Ils préparent leur mue.
En attendant, ils opéreront de loin, en murmure continu, peut-être même régulier. Et bientôt ils reviendront, nous l'espérons, toujours avec la même envie : permettre aux jeunes lecteurs de s'intéresser à la littérature contemporaine, d'en devenir des passeurs - de nourrir et de diffuser leur appétit de lire, et propager le plaisir de le faire à pleine voix.

Merci aux structures (le lycée Camille Claudel, la ME-L*), qui nous ont permis de mener à bien ce projet. Merci aux auteurs qui ont bien voulu partager un peu de leur temps, de leurs lectures, de leurs secrets de fabrication. 
Et merci aux élèves qui ont participé à l'aventure pendant une, parfois deux années de suite. C'était une expérience riche, animée, vivante. Les souvenirs de ces temps de partages, des rencontres avec les écrivains, resteront vivaces, entre deux pages relues - car il ne faut pas se priver de relire. 

(*) la ME-L : Maison des Ecrivains et de la Littérature.


Béatrice H. Sylvie D.S.

vendredi 27 mars 2015

REGARDS CROISÉS, IMPRESSIONS DÉCOUSUES

Alain Blottière chez les ActuaLiseurs...

Nous avons eu l’honneur de recevoir aux ActuaLiseurs, mercredi 4 mars, Alain Blottière, écrivain du fameux Tombeau de Tommy et, plus récemment, de Rêveurs, roman pour lequel nous lui avions demandé de venir. Voici l'article commun que nous avons écrit, pour garder mémoire de ce très beau moment...



Après avoir échangé quelques regards autour d’une table garnie de boissons chaudes et petits gâteaux, l’écrivain a répondu à nos questions, expliqué sa méthode de travail.

Il voyage souvent et possède désormais un pied à terre en Egypte, où il aime se rendre plusieurs fois dans l’année. L’Egypte, comme une terre d’accueil à laquelle il revient souvent dans ses livres. Rêveurs en témoigne, qui croise les deux destins d’adolescents d’aujourd’hui que tout sépare, hormis cette capacité de rêver à un autre monde que celui qui les entoure.

Un personnage venu du réel
Pour son personnage de Goma, il s’est inspiré d’un véritable enfant qu’il a rencontré là-bas, il y a très longtemps. « Goma existe, il a maintenant une trentaine d’années, des enfants. Il vit toujours dans son quartier de Dar el-Salam ». Silence. D’un coup, nous imaginons le personnage sorti du livre, grandissant dans la réalité, vivant une vie d’homme en chair et os. C’est étrange, ce pouvoir de la littérature : pour nous, Goma sera irrémédiablement d’abord un personnage de papier. Savoir qu’il est en fait un exilé du monde réel auquel Blottière a façonné, dans son roman, une terre d’asile où caler son enfance pétrie de rêves et de luttes, c’est un réveil soudain dans la réalité concrète d’un écrivain. En phase avec ce qui l’entoure, Alain Blottière colle au réel, le transforme comme une matière à écrire. On est surpris. Ravis, comme d’avoir reçu une  confidence, un secret de fabrication qui nous rapproche encore plus de celui des personnages qui nous a tous émus.

Un écrivain lucide et sensible
Certains auteurs sont inconnus du grand public, pourtant un grand trésor se terre dans leurs œuvres. Une histoire, quand elle vous entraine tout en vous faisant regarder autrement le monde réel, ça n’a pas de prix. Alain Blottière est un écrivain lucide et sensible. Le réel, comme point de départ, l’entraîne vers deux destinées a priori antinomiques. Mais dans Rêveurs, il ne tombe pas dans l’auto-flagellation à l’européenne, avec sa fascination pour l’exotisme, son goût pour un Orient sacralisé, qui serait symbole d’une « humanité vraie ». Non, pas de procès, juste des constats traduits dans une prose accessible et pourtant très littéraire. Comme quoi.

Alain Blottière nous confie des anecdotes, sa façon simple d’écrire. On tombe des nues. A nous, élèves de première et terminale engraissés au mode opératoire obsessionnel d’un Flaubert estampillé bon pour le programme, il confie très simplement l’impensable : « je me relis peu, j’ai cette chance de ne pas trop raturer. J’écris vers l’écrit, sans faire de plan, je suis la musique, qui m’accompagne souvent ». Il avance à coup d’intuition, après avoir fait tout de même un travail de recherche poussé. Du coup, certaines scènes se révèlent à lui, après les avoir écrites. La transition en longue phrase à double face, façon ruban de Möbius, par exemple, elle lui est venue sans préméditation, comme ça.

Alain Blottière écrit avec son cœur et son corps. Il accompagne ses personnages par l’intérieur, sans tomber dans la psychologie asséchante. Il peut rester des mois, voire des années sans écrire, et saisit le moment où l’impulsion revient. L’influence de la réalité, le souvenir de petites scènes de vie, la trace de personnes vraies, le travail d’enquête, l’écrivain mêle tout cela, c’est un être de patience et de minutie, qui fait confiance aux signes qui, alors que la mécanique de création se met en branle, lui montrent qu’il est sur le chemin et qu’il ne s’égare pas.

"On n'oublie pas ses personnages".
Il laisse sortir de sa mémoire tous les livres qu’il fait sur commande, ceux qu’il fait pour vivre, puisqu’il est entendu que peu d’écrivains peuvent se nourrir rien que par le produit de leurs œuvres. Ceux-là, de livres, il les fait avec soin, mais les oublie très vite. Mais les siens, ceux qu’il écrit parce qu’une impulsion l’a poussé à les mener à bien, autour de personnages précis, il les garde en lui. Il reconnaît que, quand du temps a passé comme c’est le cas pour Rêveurs qu’il a écrit il y a trois ans déjà, il lui faut un petit effort pour pouvoir en parler, pour retrouver le cheminement du moment de son écriture. « Je l’ai relu dans le train qui me menait à vous ». Et l’on s’est étonné de ne voir dépasser aucun livre des poches de son grand manteau noir. Un écrivain, c’est un peu magique.



Il ressemble à ces écrivains silencieux, dont on s’accorde à dire que la simplicité est une grande part de leur talent. Dans Rêveurs, l’écriture se faufile d’un univers à un autre, aussi facilement qu’on tourne une page.

Un homme, un écrivain entre deux rives.
Sensible, évadé, sincère, Alain Blottière ressemble à son livre. D’ailleurs il partage son temps entre Paris et le Caire, comme dans Rêveurs. Il sait déplier les contrastes entre ces deux mondes, montre du doigt le fossé qui les sépare et plus encore, les fait se rencontrer. Goma est le double d’un enfant des rues qui a réellement existé, qui est grand maintenant, tandis que Nathan est un puzzle de plusieurs personnes. Leur rencontre, c’est l’imaginaire qui se mêle au réel et forme un tableau bluffant, comme cette phrase qui n’en fait qu’une et enjambe l’espace pour faire se rejoindre les deux univers : commencé du point de vue de Goma, elle se poursuit avec naturel dans le monde de Nathan et inversement. La première fois qu’on lit ces passages, on est impressionné. Après, on saisit le rôle de miroir qu’elle incarne, et le thème du double qu’elle renforce au sein du roman.

L’homme s’est dévoilé, mais pas trop. Naturellement, il a déroulé le fil de sa pratique. Ce mercredi 4 mars, il y avait l’homme et l’écrivain. Nous l’écoutions parler sans fausse pudeur, avec une simplicité réconfortante d’une voix chaude, posée. Ecrire, c’est un mélange d’intuition libre et de travail très précis. Une façon de ne jamais quitter le monde réel tout en optant pour sa marge – de là, on peut mieux voir. Et donner à voir. 

Alors pour le remercier, nous lui avons offert deux lectures de son roman : une à voix nue, menée par Emilie Ch.,  une autre par Elsa C., accompagnée par la musique de Louis. 

Merci à eux, Merci à M. Blottière. Voici sa page  Facebook, pour lire des avis de lecture, découvrir sa façon de nous faire voyager à travers des vidéos du monde et... écouter un aperçu de cette fin pleine de rêves, le 4 mars dernier : la page d'Alain Blottière

Alain Blottière, Le Tombeau de Tommy, éditions Gallimard (2009), collection folio (2011) - Rêveurs, éditions Gallimard (2012) - 
Alain Blottière et Denis Dailleux, Fils de roi, Portraits d'Egypte, éditions Gallimard (2008)

(Le groupe des ActuaLiseurs.)